1989.
L’histoire remonte aux années 1970s lorsque la basket se démocratisa. Les adultes refusaient de troquer le confort et l’esthétique de leur sneakers pour des chaussures plus formelles.
La Converse "Chuck Taylor All Star" -première chaussure de basket-ball professionnelle- devint rapidement l’emblème des baby-boomers revendicateurs d’un look moins consensuel.
La paire s’imposait alors comme un élément à la mode par son allure, ses couleurs et son accessibilité.
Pour répondre à la demande croissante, la firme de Malden commença alors à produire la "Chucks" dans de nouvelles teintes puis avec des imprimés. Ainsi, en 1971 les premières colorations embellissaient le canvas. En 1983 c’est du camo qui imprégnait la toile. D’autres motifs suivirent pour atteindre dix-huit variantes "fun et flashy"* en 1985. L’année 1988 marque l’arrivée d’une paire phosphorescente.
En 1989, la compagnie devait faire face à de nombreuses difficultés engrenées par la mobilité des dirigeants et de mauvais choix mercatiques. Mais avant que les jours les plus sombres ne s’abattent sur la firme, sortie de nulle part telle une chauve-souris dans la nuit, elle prit son monde par surprise:
La Converse Batman.
Une paire efficace avec une gueule racée et une touche de fantaisie dont je me suis tout de suite épris. Tout d’abord, le support choisi s’avère être un moyen original et subtil de manifester son affection au chevalier de Gotham. Sans faillir avec un t-shirt à la coupe négligée ou une casquette à la broderie imposante. La production fut mise en route après le succès du film éponyme de Tim Burton.
Chronologiquement intéressant car la chaussure se positionne parmi les premières converses imprimées. Il s’agit aussi de l’une des premières collaborations de la marque, sinon la première, avec une paire réalisée la même année pour accompagner la tournée des Rolling Stones.
Lorsque l’on se replace dans le contexte on ne peut que louer les mérites d’un choix audacieux. Le temps était à la sophistication des baskets, le développement de nouveaux éléments techniques et de nouvelles matières car les consommateurs réclamaient de la technologie pour leurs pieds! Remettre alors la licence à une marque en crise qui n’a pas changé l’esthétique de ses chaussures depuis 1917 fut drôlement osé.
D’ailleurs Warner qui avait un contrat avec Nike décida de leur confier la conception des bottes du film. Elles furent réalisées à partir du modèle Nike Air Trainer III. Abondante de détails, la paire s’intègre parfaitement à la complexité de l’équipement du chevalier Noir.
Les "Chucks", elles, disposent de touchantes irrégularités propres à leur décennie ainsi qu’à la fabrication américaine. Ça leur donne une allure remarquable, renforcée par la qualité des matériaux utilisés. Ajoutons à ceci leur forme agressive assurée par une semelle en caoutchouc rehaussée et un captoe* plus court que les versions actuelles. Son design est simple et efficace : La paire est noire avec le logo jaune reprenant la silhouette de celui du film répété de façon aléatoire sur le canvas. La semelle, jaune elle aussi, est bardée de grands traits noirs un peu hasardeux.
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[Baskets portées avec un pantalon TAKAHIROMIYASHITATheSoloIst. et des chaussettes Burlington] |
Pour donner du fil à retordre aux acheteurs de ces chaussures, Converse produit une paire à l’apparence du Joker. Des baskets qui se font plus rare sur le marché mais qui se fardent d'un intérêt secondaire.
La parution de ces baskets s’est faite non sans humour puisque l’étiquette des produits portait ce message amusant :
« Holy tube socks, Batman.It’s the official Batman shoe collection from Converse. There’s a good guys shoe featuring the Caped Crusader himself. And there’s a not-so-good guys shoe featuring the Joker. Have fun.HA HA HA HA HA HA.Converse »
« Holy tube socks, Batman.It’s the official Batman shoe collection from Converse. There’s a good guys shoe featuring the Caped Crusader himself. And there’s a not-so-good guys shoe featuring the Joker. Have fun.HA HA HA HA HA HA.Converse »
Cette prégnante collaboration me permet de poursuivre sur les entrées notables du personnage dans le milieu de la mode.En bon touriste de Gotham, Takahiro Miyashita réalisa au printemps 2002 une série de t-shirts graphiques “I Love Gotham” et “Gotham City” reprenant la police des t-shirts de New-York. Et pour compléter la panoplie, des casquettes et des pins furent aussi produits suivant la même esthétique.A l’hiver 2005 ce sont les italiens Dolce & Gabbana qui rendirent un brillant hommage au justicier masqué avec un t-shirt décoré d’une chauve-souris brodée de sequins. Un vêtement promu en couverture du célèbre magazine japonais Sense.Parmi les designers émergents, Greg Lauren a tout simplement nommé l’une de ses pièces maîtresse le “Batman coat”. Le manteau, imaginé pour sa deuxième collection (automne/hiver 2011), est très long. Sans fermeture avant, il a le col relevé et des bords émaillés qui s’apparentent à ceux d’une cape usée.Sa passion pour le personnage est retranscrite dans ce (ses) vêtement(s) ainsi que sur d’autres supports puisque l’homme aux talents multiples réalisa plusieurs couvertures du comics et fut crédité au générique de Batman et Robin pour un petit rôle.Pour revenir aux chaussures, en 2007 Bape édita une série de sa célèbre Bapesta sous licence DC Comics où l’on retrouvait un exemplaire aux couleurs de Batman. Une paire simple pour afficher, de la même manière qu’avec les converse, son ardeur pour le chevalier noir.
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[De haut en bas: Le manteau Batman de Greg Lauren, T-Shirt et badge Number (N)ine par Takahiro Miyashita,T-Shirt manches longues Dolce & Gabbana,Bapesta Batman.] |
Depuis le 15 février 2013 Converse propose une réitération de ses ‘Chucks’ de 1970. La paire reprend les caractéristiques de sa grande sœur tout en corrigeant ses défauts comme le rendu des couleurs trop terne. Une trop bonne réplique qui range l’originale au placard mais qui permet aux baskets des années 1980s de devenir plus recherchées puisque c’est durant cette décennie qu’apparurent les premiers motifs. La créativité des designers, repoussant leur technique d’impression, fit naître des chaussures aux irrégularités délicates et aux défauts attachants. Dans un contexte où les éléments techniques et les bulles proliféraient sur les sneakers, la paire de Batman réussit l’une des meilleures incursions d’un personnage de bande dessinée dans l’univers du streetwear et même de la mode ; imposant encore aujourd’hui sa silhouette authentique et le charme d’une époque révolue.
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*-“fun et flashy”: définies de la sorte par la campagne publicitaire “Limousines for your feet” de 1985
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*-“fun et flashy”: définies de la sorte par la campagne publicitaire “Limousines for your feet” de 1985
-captoe: partie en caoutchouc recouvrant les orteils
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